Rentrée littéraire 2018

"Aux yeux de quiconque a étudié l'histoire,

la désobéissance est la vertu primordiale de l'homme."

Oscar Wilde


Manuel de survie à l'usage des jeunes filles

Mick Kitson chez Métailié

Traduit de l'anglais (Ecosse) par Céline Schwaller

Sal a treize ans et vit entre une mère alcoolique et un beau-père abusif.  Elle supporte tout et s'occupe seule de leur maison, pour ne pas être séparée de sa soeur Peppa et finir en foyer d'accueil. Le jour ou son beau-père menace de s'en prendre à Peppa, Sal s'enfuit avec elle en forêt, au coeur des Highlands. 

Elles vont tenter de s'y reconstruire, entre impératifs de survie et émerveillement enfantin face à la nouvelle vie qui s'ouvre à elles.

Un premier roman lumineux et attachant.

Lu par Valentine


Le testament de Dina

 

Herbjorg Wassmo chez Gaïa

Traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon

L'église est bondée lors des funérailles de Dina, morte dans un incendie. Et face à la foule, sa petite-fille Karna témoigne de la confession de sa grand-mère : "Moi, Dina, j'ai de mes propres mains fait en sorte que le traîneau tombe dans le gouffre et provoque la mort de Jacob Gronelv. J'ai tiré un coup de fusil lapon sur le russe Léo Zjukovsky et provoqué sa mort. Je me reconnais coupable. Je demande cependant qu'on libère mon corps dans la mer." Ensuite, Karna, la petite-fille, se mure dans le silence pour toujours.

Avec un immense talent (nous le savions déjà), Herbjorg Wassmo dépeint les sentiments et les pensées de tous les personnages de ce roman, les tempêtes humaines, les naufrages amoureux, les tragédies, et décrit la Norvège, ses landes et ses fjords. Une occasion formidable de découvrir l'oeuvre de cette auteure à l'exceptionnel talent de conteuse.

Lu par Solange


Première personne

Richard Flanagan chez Actes Sud

Traduit de l'anglais (Australie) par France Camus-Pichon

Ce roman est un jeu de dupes. Un jeu de dupes entre Siegfried Heidl, un escroc de haut vol en passe d'être jugé pour avoir fauché plus de sept cents milliions de dollars aux banques et Kif Kehlmann, un écrivain dans l'impasse qui n'arrive plus à subvenir aux besoins de sa famille. La rencontre est inéluctable, le premier demandant au second d'écrire ses mémoires. Mais, mais... Paranoïaque, manipulateur, le maître fraudeur se dérobe aux questions, distille des informations contradictoires et  retarde l'avancée du texte. Pire ! Kif tombe sous son emprise et commence à faire sienne la vie de l'escroc, par delà le bien et le mal, comme s'il vivait, dans un adieu à ses valeurs, cette vie de fraude en miroir.

On sent que Richard Flanagan a dû éprouver un grand plaisir à écrire ce livre, au  moins autant que nous en avons eu à le lire.

Lu par Solange


Les fureurs invisibles du coeur

John Boyne, Lattès

Traduit de l'anglais (Irlande) par Sophie Aslanides

"Les fureurs invisibles du coeur" content l'histoire de Cyril. Conçu dans une Irlande rurale catholique, d'où sa mère fut bannie puisqu'elle est tombée enceinte à 16 ans (la honte absolue), il sera élevé par un couple dublinois, les Avery. Ce couple aisé excentrique ne témoignera guère d'affection pour l'enfant, qui ne s'en plaindra pas, n'ayant jamais connu autre chose. Son petit monde sera toutefois bouleversé le jour où il croise Julian, un gamin de son âge qui le subjugue.

Et l'auteur de nous faire découvrir Cyril à différents âges, de 7 ans en 7ans, de sa conception dans les années 40 à sa vieillesse. Au coeur de ses préoccupations: sa quête identitaire, sa sexualité, ses amours et l'Irlande, ce pays gouverné par la morale religieuse, que l'on voit également évoluer (ou non) au fil des ans.

Le tout est écrit avec énormément d'humour (la palme revient aux dialogues avec les parents adoptifs de Cyril) et de sensibilité. Une lecture qui plaira à tous les esprits ouverts.

Lu par Anne


J'ai couru vers le Nil

Alaa El Aswany chez Actes Sud

Traduit de l'arabe (Egypte) par Gilles Gauthier

Depuis longtemps, les Egyptiens vivent dans une république. Enfin, ils font "comme si" c'était vrai. Ils pratiquent la religion de façon rituelle, mais leurs mensonges tiennent lieu de réalité. Hypocrisie et corruption sont omniprésentes, maîtrisées avec brio, presque avec art. Le roman débute au Caire en 2011. Une foule immense s'est réunie sur la place Tahrir. De Asma et Mazen qui y vivent leur premières amours, à Khaled et Dania, étudiants en médecine, en passant par Achraf, un acteur cantonné aux seconds rôles ou encore Issam, un ancien communiste désabusé, tous savent que la révolution est devenue leur seule chance de justice et de liberté. Mais le peuple égyptien est-il prêt à s'engager et à s'investir ?

Grâce à cette palette de personnages, Alaa El Aswany nous entraîne dans les péripéties à la fois politiques et intimes qui secouèrent l'Egypte et qui firent espérer le changement.

Parce qu'il donne des visages à la révolution égyptienne, l'auteur confère un supplément d'âme aux faits et livre un roman remarquable et passionnant.

A ce jour, J'ai couru vers le Nil est toujours interdit de publication en Egypte.

Pour votre information, Alaa El Aswany est l'auteur de très célèbre Immeuble Yacoubian que nous avions beaucoup conseillé et qui est paru au format de poche.

Lu par Béatrice


Comme un seul homme

Daniel Magariel, chez fayard

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard

Deux enfants et leur père quittent la ville pour échapper à la "mère" et recommencer une nouvelle vie loin de tout, loin d'elle. Changement de ville, d'école et même de nom pour ses enfants ballotés entre espoir et déception. Mais ce père idolâtré s'avère rapidement plus sombre et ses intentions plus dévastatrices qu'elles n'y paraissaient.

Manipulations, chantage affectif, culpabilité : voilà des armes pour agir, se cacher et faire mal.

Un roman puissant.

Lu par Julie


Asymétrie

Lisa Halliday, Gallimard

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Hélène Cohen

Une personne, un lieu, un livre a toujours deux visages. L'auteure a souhaité nous rendre compte des visions plurielles d'une même réalité par le biais de deux récits qui n'ont apparamment rien en commun. La première est l'histoire d'amour entre un écrivain célèbre et une assistante éditoriale et la deuxième raconte l'histoire d'Amal, jeune américain qui se retrouve coincé dans un aéroport alors qu'il tente d'entrer en Irak voir son frère.

Entre l'histoire légère et l'histoire tragique, nous sommes confrontés aux différentes asymétries d'une époque et aux inégalités qu'elles dévoilent. Mais n'y a-t-il pas de la légèreté dans le tragique et du tragique dans la légèreté ?

Un roman déroutant et prenant.

Lu par Julie


Une maison parmi les arbres

Julia Glass, éditions Gallmeister

Traduit de l'anglais (USA) par Josette Chicheportiche

Morty Lear, célèbre auteur et illustrateur de livres pour la jeunesse, est mort. Tommy, sa secrétaire et "colocataire" depuis de longues années, hérite de la maison et doit gérer son patrimoine artistique. Elle va également devoir accueillir Nick, l'acteur qui va interpréter le rôle de Lear au cinéma. Tous deux vont être amené à fouiller le passé de Morty et, alors qu'elle pensait être sa plus proche confidente, Tommy découvre bien des choses qu'elle ignorait au sujet de l'auteur.

C'est du "storytelling" à l'américaine qui nous emporte dans les entrelacs de la psychologie de ses personnages: Morty, Tommy, Nick, leurs blessures, leur parcours, leur espoirs. Le tout baignant dans le monde de la création artistique, pour notre plus grand plaisir.

Lu par Anne


La somme de nos folies

Shih-Li Kow, éditions Zulma

Traduit de l'anglais (Malaisie) par Frédéric Grellier

Bienvenue à Lubok Sayong, petite ville de Malaisie située entre 2 rivières et 3 lacs. Cette année-là, l’impétueuse Beevi décide de rendre enfin la liberté à son poisson qui désespère dans un aquarium trop petit, d’adopter Mary Anne, débarquée sans crier gare de son orphelinat où toutes les filles s’appellent Mary quelque chose, et d’embaucher l’extravagante Miss Boonsidik pour l’aider à tenir la grande demeure à tourelles de feu son père, reconvertie en bed & breakfast…

Le tout raconté en alternance et avec force commentaires par la facétieuse Mary Anne et par Auyong, l’ami fidèle, qui en a vu passer, des gens, et qui en rit encore.

Ce roman nous fait découvrir une culture et des personnages colorés, nous réjouit avec ces nombreuses anecdotes réjouissantes. Tendre, drôle, voilà un roman plein de fraîcheur et de profondeur!

  Lu par Anne


Asta

Jon Kalman Stefansson, Grasset

Traduit de l'islandais par Eric Boury

Reykjavik, Islande. Sigvaldi tombe d'une échelle et se remémore son existence... Son amour fou pour Helga, avec qui il a eu deux filles. Et le constat qu'il n'a pas été un père à la hauteur.

Asta, fille de Sigvaldi, porte un prénom qui, à une lettre près, signifie "amour" en islandais... Sa vie, pourtant, ne fut pas synonyme de bonheur. Elevée par une nourrice, puis emmenée à la campagne pour adoucir son caractère rebelle, Asta vivra des amours compliquées.

Jón Kalman Stefánsson, avec sa plume exceptionnelle, va du passé au présent et d'un protagoniste à l'autre pour offrir un écho à ces histoires d'amour et de parentalité effilochées, de quête de bonheur avortée, formant un superbe roman lumineux et ténébreux, ainsi que peuvent l'être les ciels d'Islande.

Lu par Anne


Miss Jane

Brad Watson chez Grasset

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville

La campagne au Mississipi, début du siècle dernier, Jane nait dans des conditions difficiles. Le médecin qui assiste à l'accouchement est perplexe : Comment cette petite va-t-elle vivre avec la malformation que la vie lui a donnée ? Comment ses parents vont-ils accueillir la nouvelle ? Avec délicatesse et bienveillance, ce médecin sera le témoin de l'éveil de l'enfant à la vie et à ses difficultés.

Dans une langue tendre et prenante, ce texte nous touche et nous prend par la main pour nous dépeindre les personnages d'une famille attachante. Dans une atmosphère typique du début du siècle avec ses codes, ses bals, ses regards et ses tabous, nous traversons cette époque avec délectation sur les traces de ce destin particulier avec en toile de fond une belle réflexion sur l'espoir et les attentes.

Un roman de vie touchant ! Très réussi !

Lu par Julie et Christelle


Cette maison est la tienne

Fatima Farheen Mirza chez Calmann Lévy 

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nathalie Bru

Avec ce premier roman de Fatima Farheen Mirza, les lectures de la rentrée littéraire étrangère commencent très fort. Hadia et Huda sont soeurs et ont grandi, avec leur petit frère Amar, sous le même toit californien. Ils sont tiraillés entre le rêve américain et les traditions chiites de leurs parents nés en Indes. Le mariage d'Hadia est l'occasion pour les deux soeurs de revoir Amar, disparu depuis trois ans. Les trois jeunes explorent alors leurs souvenirs d'enfance, tendres et parfois douloureux, et tressent une fresque familiale radieuse.

Lu par Solange et Béatrice


Rentrée littéraire 2017

C'est le coeur qui lâche en dernier

Margaret Atwood chez Robert Laffont - traduit de l'anglais (Etats-Unis)

Et si la crise économique vous privait de votre travail, de votre maison et de votre dignité.
Et si la solution qui vous paraissait la plus adaptée était de vivre dans une prison ?
Improbable, vous dites ?

C'est pourtant de ce postulat que part ce livre : dans un centre, les résidents vivent pendant un mois dans une maison et ont comme tâche de surveiller les prisonniers et le mois suivant, ce sont eux les prisonniers. Ils partagent leur cellule et leur lotissement en alternance avec un autre couple. Au fur et à mesure du temps, des questions vont surgir : mais qui est donc ce couple qui vit chez eux et salit leur sol ? Entre fantasmes et méfiance, comment vivre ce partage et comment partager une vie de couple dans ces conditions ?

Ce roman distopique fait froid dans le dos, car il est très proche de notre réalité. Jusqu'où irions-nous pour garder notre confort de vie ? Où se terre notre esprit critique quand l'argent vient à manquer ?

Drôle, décalé, absurde, ce roman questionne notre société et nos besoins avec acidité.

Lu par Julie

 


Le cœur battant de nos mères

Brit Bennett - traduit de l'anglais (Etats-Unis)

Nadia vit à Oceanside, en Californie, où la communauté religieuse est très présente. C'est par ses représentantes que nous allons connaître l'histoire de Nadia et Luke.

Nadia a 17 ans quand sa mère se suicide. Son père se terre dans le mutisme pendant qu'elle cherche le moyen de surmonter son chagrin. Ne trouvant pas de réponse, elle boit et sort pour oublier sa peine. Elle rencontre alors la figure rassurante de Luke, serveur et fils du pasteur. Leur idylle n'est pas de tout repos, puisque Nadia voudra avorter en cachette pour préserver un avenir que tous prévoyaient radieux.

Après avoir trouvé l'argent nécessaire à l'avortement de Nadia, Luke met un terme à leur relation. Heureusement, Nadia fait la connaissance d'Aubrey dont le passé est aussi rempli de blessures et de secrets. Elles vont se reposer l'une sur l'autre jusqu'à l'entrée de Nadia à l'Université.

L'éloignement lui permet de prendre du recul, mais les fantômes ne sont jamais loin et lorsqu'Aubrey lui annonce qu'elle se rapproche de Luke, les blessures réapparaissent...

Un roman de vie poignant et passionnant qui s'attarde sur la question de l'avortement : la place de l'homme dans cette prise de décision, le suivi des femmes qui avortent, le caractère inavouable, honteux et permanent de cet acte.

Des phrases que l'on relit pour leur profondeur et leur justesse ! Très beau !

Lu par Julie


Les buveurs de lumière

Jenni Fagan, Métailié - traduit de l'anglais (Ecosse)

Londres, 2020. La mère et la grand-mère de Dylan sont décédées toutes les deux en un court laps de temps. Pour seul héritage: leurs cendres et les clés d'une caravane en Ecosse.

Dylan, colosse tatoué, se rend donc à Clachan Fells, au nord de l'Ecosse, pour découvrir son bien, une petite caravane sise dans un parc de caravanes". Il rencontre ses voisins: parmi eux, Stella, une jeune fille de 12 ans très futée, qui a cependant bien des ennuis avec les autres à l'école, et sa mère, Constance, féministe bricoleuse.

Et puis autour d'eux et dans le reste du monde, les températures chutent, la neige tombe sans relâche, la glace recouvre les paysages, la mer du Nord est gelée, un iceberg s'approche des côtes... : une ère glaciaire vient de débuter. Est-la fin du monde?

Ce roman est de toute beauté: entre les paysages que l'on peut imaginer splendides (un parhélie, notamment) et les personnages emplis de belles complexités, on sort ravis de cette lecture.


La salle de bal

Anna Hope chez Gallimard - traduit de l'anglais (Royaume-Uni)

Ella ne comprend pas ce qui lui arrive quand elle est enfermée de force à l'asile de Sharston après avoir lancé une chaise à travers la fenêtre de l'usine dans laquelle elle travaillait. Son désir de liberté la pousse à tenter de s'enfuir pour échapper à son destin. Ella croise alors le regard de John, patient de l'asile, condamné à creuser des tombes à longueur de journée. Fasciné par la beauté et la soif de liberté de la demoiselle, John voudra la rencontrer. Mais comment faire dans un asile où la séparation des sexes prévaut ? La solution va venir de Charles, médecin en charge de leur sort, qui arrive à l'asile avec l'ambition de calmer les âmes perdues grâce à la musique. Il lui vient l'idée d'autoriser la tenue d'un bal où les hommes et les femmes de bonne conduite pourraient se retrouver pour danser.

D'une écriture fine et tourbillonnante, Anna Hope nous embarque dans une valse à trois temps où chaque protagoniste n'aura de cesse d'influencer le destin de l'autre. Cette histoire prend place dans un contexte historique méconnu, au début des années 1900, quand eut lieu un débat sur l'eugénisme souhaitant d'un côté séparer les patients internés et de l'autre, les stériliser, tout cela dans le but d'éviter la dégénérescence du peuple anglais... 

Une histoire profondément humaine dans un monde où le pas de côté n'est pas toléré, nous rappellant que la folie n'est pas forcément là où on l'attend.

Lu par Julie


Vera

Karl Geary chez Rivages - traduit de l'anglais (Irlande)

Sonny, adolescent dublinois, travaille dans une boucherie après les cours, puis s'en retourne à la maison, un petit taudis de banlieue plus que modeste, auprès de sa mère, des frères et du père avachi dans son fauteuil. Certaines fins de semaine, quand il ne se saoule pas dans les rues de la capitale en solitaire ou ne fume pas des clopes avec Sharon, Sonny aide son paternel sur des chantiers. C'est ainsi qu'il rencontre la bourgeoise Vera, une femme plus âgée, belle, solitaire, aux yeux toujours un peu dans le vague.

Sonny, ce voleur de misère en échec scolaire, est touché, fasciné. Vera devient une obsession dans son quotidien, et la nécessité de la revoir entraîne le jeune homme vers l'audace. La relation qui s'ébauche entre les protagonistes, aussi fugace soit-elle, est d'une tendresse réconfortante, d'une sensibilité émouvante, s'en tenant à l'essentiel, sans fioritures. C'est là tout l'art de ces pages. Que, bien sûr, on vous recommande grandement!

Lu par Anne


Nitro Moutain

Lee Clay Johnnson chez Fayard - traduit de l'anglais (US)

Vous rencontrerez Jones, un musicien bluegrass qui se produit dans des bars glauques. Vous croiserez Leon, un jeune homme paumé qui ne se remet pas d'une rupture amoureuse. Vous ferez connaissance avec Jennifer, torturée et bouleversante. Et il vaudrait mieux ne pas vous attarder avec Arnett, un truand sociopathe aussi terrifiant que fascinant. Alors, quand un ex-flic, cinglé de la gachette, décide de mettre de l'ordre dans ce petit monde, c'est que les choses ont déjà tourné à l'aigre.

Nitro Mountain est une plongée âpre, rude, dans une petite ville perdue de l'est des Etats-Unis où évoluent des personnages alcoolisés sur fond de musique country.

Percutant !

Lu par Valérie, bibliothécaire à Fourons


Underground Railroad

Colson Whitehead, Albin Michel - traduit de l'anglais (US)

Cora, comme sa grand-mère et sa mère avant, est esclave sur une plantation de coton en Géorgie. Lorsque Caesar lui propose de fuir, Cora accepte de le suivre, au péril de sa vie, pour échapper à un quotidien de toute façon abominable.

C'est la peur au ventre que les protagonistes vont tenter de rejoindre les Etats libres du Nord, via le réseau clandestin d'aide aux esclaves. Une "voie de chemin de fer souterraine" que l'auteur matérialise dans son roman.

La fuite de Cora à travers la Caroline du Sud, le Tennessee et l'Indiana sera pleine de rebondissements, d'angoisses (l'ombre de Ridgeway, impitoyable chasseur d'esclave, plane...), d'horreurs, de rencontres (mal)heureuses, d'apprentissages et de prises de conscience.

Des prises de conscience, en effet, car Cora, qui découvre le monde et apprend à lire, développe sa réflexion sur la justice des hommes et celle de Dieu, s'interroge sur la notion de Liberté.

Ce roman est, pour reprendre les mots du New York Times, "une histoire essentielle pour comprendre les Américains d'hier et d'aujourd'hui." Une oeuvre politique aujourd'hui plus que jamais nécessaire!

Recommandé par Anne


Les fantômes du vieux pays

Nathan Hill, Gallimard - traduit de l'anglais (US)

Scènes d'ouverture: alors qu'il marche dans un parc de Chicago à la rencontre de ses potentiels électeurs, le gouverneur Packer est agressé à coups de cailloux par une dame d'âge mûr. Filmé puis retransmis sur tous les écrans de télévision, cet acte se transforme en buzz et la dame, Faye Andresen-Anderson, devient la célèbre "Calamity Packer".

De son côté, Samuel, professeur d'université à Chicago sans prétention, est trop absorbé par son jeu en ligne pour avoir entendu parler de la nouvelle. Pourtant, cette "Calamity Packer", c'est sa mère, qui l'a abandonné lorsqu'il avait onze ans.

L'auteur entreprend ensuite des allers-retours entre le passé et le présent de Faye et Samuel, autour desquels gravite une panoplie de personnages. Le tout compose un portrait peu reluisant des Etats-Unis des années soixante à aujourd'hui: progressistes, conservateurs, combats féministes, machisme, l'armée, la police, le système universitaire, les addictions, l'esprit de vengeance, la cupidité,... tout est là, dans ces 700 pages que l'on dévore, vraiment.

Un premier roman intelligent, captivant et absolument réjouissant!!!

Lu par Anne


Brandebourg

Julie Zeh chez Actes Sud - traduit de l'allemand

Un petit village perdu du Brandebourg, un parc éolien en projet, un homme mort dans un accident de voitures, un autre victime d'une agression, une fille manipulatrice, deux autres hommes qui se détestent, un suicidé dont la femme a disparu et une certaine Hilde qui a perdu ses chats !!! Brandebourg offre dans cette fresque villageoise du rire et de l'effroi et peut se définir comme un thriller rural qui renouvelle le roman du  terroir...

De la dynamite !!!

Lu par Solange


Mischling

Affinity K chez Actes Sud - traduit de l'anglais (US)

Pearl et Stasha ont douze ans et sont jumelles. Mais pour les nazis, ces deux jeunes filles ordinaires ont une particularité : ce sont des mischlinge, des sang-mêlé. A leur descente de wagon, lorsqu'elles sont transférées à Auschwitz, en 44, les soeurs sont immédiatement repérées par un garde. Ce dernier les conduit à un homme en blouse blanche, un homme attentionné, souriant, au regard amical. Il distribue des bonbons et demande à se faire appeler "oncle". Elles ne tarderont pas à découvrir que ce médecin est Josef Mengele et qu'il est un monstre capable des pires atrocités.

Vous pourrez compléter la lecture de Mischling par celle de La disparition de Josef Mengele (Grasset), dont vous pouvez lire la chronique dans l'onglet "Rentrée Francophone".

Lu par Solange


Je m'appelle Lucy Barton

Elizabeth Strout, Fayard - traduit de l'anglais (US)

Alors qu'elle est hospitalisée dans un hôpital new-yorkais, Lucy reçoit la visite de sa mère, qu'elle n'a plus vue depuis des années. Entre les phases de sommeil, Lucy profite de cette promiscuité avec elle pour la questionner et discuter. ensemble, elles évoquent les souvenirs passés: la pauvreté, les problèmes familiaux, les gens du village, .... Nous découvrons ainsi le parcours d'une femme, de l'enfance à l'âge adulte, et la relation compliquée qui la lie à sa mère.

Ce roman est magnifique, dans son écriture (l'auteure a reçu le Prix Pulitzer pour Olive Kitteridge), son analyse psychologique des personnages, sa manière de nous faire prendre consciences des choses essentielles. Des passages que l'on souligne, et l'envie de recommander cette lecture. Lucy Barton est éblouissante.

Lu par Anne et Camille

Création SIP